PIR Tragédie des biens communsRôles des croyances, de l’aversion à l’ambiguïté, des préférences sociales et des politiques publiques

Équipe :

  • Responsable du projet  : Yao Thibaut KPEGLI
  • Chercheurs pour TREE : Marion COSTE
  • Chercheurs : Yaovi Florentin AMETONOU UQAM Canada 

Projet :

L’environnement est constitué d’un grand nombre de biens communs, comme les arbres d’une forêt, les poissons dans les océans ou encore la qualité environnementale d’une plage publique lorsqu’elle est exposée à l'accumulation de déchets par les usagers.

Un bien commun est un bien dont l’utilisation est non exclusive (il est difficile ou impossible d’en empêcher l’utilisation) et rivale (l’utilisation par une personne réduit la quantité ou la qualité disponible pour les autres). Ces caractéristiques exposent ces biens à un phénomène de dégradation progressive, connu sous le nom de tragédie des biens communs.

L’une des origines de cette tragédie découle du fait que la préservation d’un bien commun nécessite que chaque utilisateur décide d’un effort individuel de préservation dans un contexte particulier appelé ambiguïté. Le contexte d’ambiguïté tient au fait que chaque utilisateur ne connaît pas l’effort de préservation des autres au moment où il doit décider de son propre effort individuel.

Face à l’ambiguïté, chaque utilisateur décide de son niveau d’effort en formant des croyances sur l’effort de préservation des autres utilisateurs.

·        Un utilisateur aux croyances optimistes est celui qui croit que les autres utilisateurs vont fournir des efforts de préservation importants. Sur la base de cette croyance optimiste, il se dit que, même sans son effort individuel, le bien commun sera toujours préservé et il pourra continuer à en bénéficier (on l’appelle alors « passager clandestin »). Si tous les utilisateurs optimistes raisonnent de la même manière, cela conduit à la tragédie des biens communs.

 

·        Un utilisateur aux croyances pessimistes est celui qui croit que les autres utilisateurs ne vont pas fournir d’efforts de préservation. Sur la base de cette croyance pessimiste, il se dit qu’il ne veut pas être le seul à contribuer à la préservation du bien commun à la place des autres. Si tous les utilisateurs pessimistes raisonnent de la même manière, cela conduit également à la tragédie des biens communs.

Ainsi, un même refus de contribuer peut avoir le même résultat de la tragédie des biens communs, mais provenir de deux croyances très différentes.

Les politiques publiques usuelles, telles que les régulations et les taxes, ne laissent pas la liberté aux utilisateurs de fournir ou non un effort, mais contraignent au contraire les utilisateurs à fournir des efforts de préservation, moyennant des coûts de mise en œuvre.

À l’inverse, les politiques publiques de type nudge laissent aux utilisateurs la liberté de fournir ou non un effort et se contentent de modifier, presque à coût nul, le contexte dans lequel chaque utilisateur décide (au travers, par exemple, d’informations sur le niveau d’effort souhaitable).

Questions de recherche

Ce projet cherche à répondre aux questions suivantes : quels sont les déterminants comportementaux de la tragédie des biens communs (type de croyance, aversion à l’ambiguïté, altruisme, jalousie) ? Existe-t-il un différentiel d’impact entre les politiques publiques usuelles et les nudges pour éviter la tragédie des biens communs selon le type de croyance à l’œuvre ?

Protocole expérimental

Le projet développe un protocole expérimental sur les contributions financières des riverains de Saint-Louis (Sénégal) pour rendre leur plage propre. La présence de déchets sur les plages, une réalité bien établie, peut avoir des répercussions sur la santé des riverains. La propreté des plages est donc considérée comme un bien commun pour ces derniers, d’autant plus lorsque leur activité économique (pêche, vente ambulante…) est en lien avec la plage.

Le protocole expérimental consiste à faire participer des riverains à un jeu de bien public et à des jeux de loterie.

1.      Jeu de bien public

Dans le jeu de bien public, les riverains reçoivent une dotation financière et se rendent dans un isoloir (comme dans un bureau de vote) pour verser une partie ou la totalité de leur dotation dans une cagnotte commune destinée à recruter du personnel pour nettoyer la plage.

Les riverains décident de leur contribution dans l’une des trois conditions suivantes : « Basique », « Régulation » et « Nudges ».

« Basique » : chaque riverain reçoit sa dotation et se rend dans l’isoloir sans consigne ni contrainte particulière.

« Régulation » : une partie de la dotation des riverains est automatiquement prélevée à titre de contribution minimale et placée dans la cagnotte commune. Le riverain se rend ensuite dans l’isoloir pour verser une partie ou la totalité de sa dotation nette de la contribution minimale dans la cagnotte commune.

« Nudges » : le riverain est tout d’abord informé d’une « contribution minimale recommandée pour le nettoyage de la plage » (choc d’information), puis il se rend dans un isoloir pour verser une partie ou la totalité de sa dotation dans la cagnotte commune, sans obligation de suivre la recommandation mentionnée plus tôt.

2.      Jeux de loterie

Dans les jeux de loterie, chaque riverain reçoit dans un premier temps des tickets de loterie. Chaque ticket lui permet de gagner un montant fixe si la contribution des autres participants se situe dans un intervalle de valeurs prédéfini (par exemple si elle est supérieure à 600 CFA, soit environ 1 €).

Les tickets de loterie se distinguent par les intervalles de valeurs associés, qui sont différents.

Pour chaque ticket de loterie reçu, le riverain indique le montant minimal (appelé « équivalent certain ») qu’il est prêt à accepter en compensation pour vendre le ticket. Au moment de cette décision, chaque riverain ne connaît pas les contributions effectives des autres participants.

Analyses

Les données relatives aux équivalents certains (jeux de loterie) permettent d’estimer : (i) les croyances de chaque riverain concernant la contribution des autres ; (ii) l’aversion à l’ambiguïté de chaque riverain liée au fait qu’il ne connaît pas a priori la contribution des autres. Une fois les croyances et l’aversion à l’ambiguïté estimées, les données relatives aux contributions individuelles nous permettront d’estimer de manière structurelle (iii) les préférences sociales (niveau d’altruisme individuel).

Ainsi, il sera possible de mieux comprendre ce qui contribue à la volonté de payer pour des biens communs :

·        les croyances (optimisme ou pessimisme sur le niveau de contribution des autres) ;

·        l’aversion à l’ambiguïté (incertitude sur le niveau de contribution des autres) ;

·        le rôle des préférences sociales (altruisme et jalousie).

De plus, ce projet permettra d’évaluer l’efficacité de différentes politiques publiques (régulation, nudges) pour lutter contre la tragédie des biens communs dans le cas précis du nettoyage des plages au Sénégal.

 

Durée : 

11 mois