Colloque franco-espagnol du tourisme et des transitions socio-environnementalesAppel à communications : réponses avant le 30 juin 2026
Du 10 déc. au 11 déc. 2026

Le premier colloque franco-espagnol sur les transitions sociales et environnementales du tourisme vise à repenser les pratiques touristiques dans un contexte de dérèglement climatique et d’accroissement des inégalités au sein des espaces mis en tourisme. L’évènement se tiendra le jeudi 10 et le vendredi 11 décembre 2026, dans les locaux de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour avec le soutien de l’UMR TREE. La première journée s’orientera sur la thématique des « défis sociaux des territoires mis en tourisme », tandis que la seconde journée, dans une logique de continuité, visera à « penser les transformations du tourisme au-delà du greenwashing ». L’évènement vise à réunir les chercheurs francophones et hispanophones en sciences sociales qui travaillent sur les questions du tourisme afin d’entamer ou de consolider des dynamiques de recherches transfrontalières autour de cet objet d’étude entre la France et l’Espagne. Ainsi, les communications pourront être effectuées au choix dans l’une des deux langues.
La France et l’Espagne sont respectivement les première et deuxième destinations mondiales en matière d’arrivées touristiques internationales selon les données de l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT, 2025). Toutes deux voient leurs activités touristiques soumises à certains défis contextuels (crises sanitaires, contexte géopolitique mouvant, évènements climatiques extrêmes (Evanno, Vincent, 2021 ; Dehoorne, 2013 ; Fabry, Zeghni, 2020), tandis que d’autres tendent à devenir structurels (défiance des populations résidentes envers le tourisme, dynamiques de spéculations foncières et phénomènes de gentrification, effets directs du dérèglement climatique sur l’activité, conditions de travail précaires (Bocoum et al., 2025 ; Gay, 2024 ; Martinez-Gallo, Martinez-Quintana, 2020 ; Blazquez-Salom, Blanco-Romero, Gual-Carbonell, Murray, 2019). Il s’agit de penser ces différents défis sociaux et environnementaux ainsi que les enjeux de transformation de l’activité touristique, indispensable à l’économie des deux pays face au dérèglement climatique et à l’essoufflement d’un modèle socio-économique dominant (Murray, Cañada, 2019 ; Marie dit Chirot, 2018).
Nous mobilisons dans ce colloque le concept de « transition » qui fait souvent office de mot valise en sciences sociales (Péan, 2017), mais mérite d’être interrogé en ce qui s’agit du tourisme. En effet, les questionnements qui entourent l’application de cette notion de transition au secteur touristique sont encore peu interrogés (Clarimont, Hagimont, Hatt, 2024). Si la transition évoque le passage d’un état initial à un état nouveau (Delaplace, Dropsy, 2025), quels seraient les caractéristiques de l’état initial du tourisme à transformer ? Et les prémices d’un nouvel état souhaité sont-ils déjà perceptibles ? Enfin, existe-t-il des modèles de gouvernance distincts en ce qui s’agit de la, ou des transitions du tourisme ?
Les risques environnementaux et socio-économiques liés à la mise en tourisme des territoires de vie est un constat ancien dans les sciences sociales (Cazes, 1989). Or, la nécessité d’organiser encore aujourd’hui des évènements scientifiques tels que celui-ci, dédiés à cette thématique traduit le manque d’actions des politiques publiques en la matière. Cette réalité montre aussi le faible intérêt porté aux effets sociaux, économiques et environnementaux de l’activité touristique malgré sa croissance presque interrompue au cours du dernier siècle. Si les dernières décennies ont toutefois vu la montée en puissance progressive des injonctions vers un tourisme plus durable, il s’agit ici de s’interroger sur la pertinence voire la véracité de l’application d’un tourisme jugé plus responsable au-delà des nouvelles opportunités de marché qu’il représente aujourd’hui. Nous souhaitons également donner une importance particulière aux enjeux sociaux du tourisme, trop souvent invisibilisés ou non pris en considération en tant qu’indicateurs de développement durable, à l’exception de certains travaux sur l’écotourisme (Gagnon, Gagnon, 2006) ou le tourisme communautaire (Jouault, 2020).
Première journée : « Les défis sociaux des territoires mis en tourisme »
Les liens entre inégalités sociales et tourisme ont été globalement peu étudiés en sciences sociales (Sarrasin et Breton, 2012) même si un pan très minoritaire de la géographie du tourisme francophone, anglosaxonne et hispanophone mobilise cette thématique (Cañada, Murray, 2019 ; Bianchi, Stephenson, 2014 ; Dehoorne, 2013). En s’appuyant sur la richesse de ces productions, bien que minoritaires dans le paysage des recherches en tourisme, cette première journée permettra d’échanger autour des différents enjeux sociaux déjà décrits plus haut, qui cristallisent les « sociétés touristiques » depuis plusieurs décennies.
Si les phénomènes de tourismophobie ne sont pas nouveaux et datent même des débuts élitistes du tourisme (Gay, 2024), il semble que la typologie des acteurs qui entretiennent une défiance envers le tourisme évolue. En effet, le rejet du tourisme provient historiquement de classes sociales aisées qui ne voyaient pas d’un bon œil la démocratisation et l’accessibilité des déplacements touristiques au plus grand nombre (Urbain, 2002). Aujourd’hui, les mobilisations de défiance contre le tourisme ne sont pas l’œuvre d’une élite souhaitant conserver le monopole d’une pratique récréative et culturelle, mais plutôt des populations en première ligne des effets de la touristification de leur territoire de vie (Milano, Bianchi, 2021). Face à ce constat, l’activité touristique peut représenter un prisme d’observation des effets du capitalisme sur nos sociétés et illustrer les phénomènes d’accumulation par dépossession mis en avant par le géographe anglo-saxon David Harvey (Murray, 2015 ; Marie dit Chirot, 2025 ; Fletcher, Blanco-Romero, Blazquez-Salom et al., 2021).
En effet, malgré les bénéfices économiques substantiels que génère le tourisme à l’échelle internationale, « croissance et qualité de vie ne s'additionnent pas naturellement » (Dehoorne, 2013).
Deuxième journée : « Penser les transformations du tourisme au-delà du greenwashing ».
Ces dernières années, notamment depuis la crise sanitaire liée à la Covid 19, nous assistons à une recomposition des différents types de mobilités touristiques. Le phénomène de télétravail a par exemple ouvert un nouveau marché autour des digital nomads et exacerbé certaines dynamiques de spéculation foncière et d’expropriation des terres au sein des destinations (Cañada, Silva Lucas, 2025).
Aussi, les tensions géopolitiques que nous connaissons contribuent à bouleverser le tourisme international dans son mode de développement actuel.
D’autre part, si les effets directs du changement climatique perturbent d’ores et déjà l’activité touristique de certains lieux, il représente également une opportunité de marché pour certains opérateurs comme le montre le phénomène du last chance tourism (Knafou, 2023). Les effets de mode du slowtourism et du tourisme de proximité (Oudghiri, 2025) commencent également à prendre une certaine ampleur médiatique, même si les mobilités touristiques de proximité représentent pourtant la majorité des déplacements touristiques depuis les débuts de la démocratisation de la pratique (Duhamel, 2018). Il devient simplement aujourd’hui, dans un contexte d’urgence climatique, socialement louable de parler de déplacements touristiques proches de son domicile à faible impact carbone, en opposition aux voyages lointains. Ces derniers ont toujours représenté une minorité des déplacements touristiques mais occupaient une large place dans la couverture médiatique du tourisme.
Face à cette mise en accusation des déplacements lointains en avion et autre phénomène de « flight-shaming », d’autres modes de tourisme tels que le « tourisme régénératif » permettraient au touriste de se déculpabiliser de son impact carbone, et même mieux de contribuer à la préservation de l’environnement. Assiste-on à de nouveaux phénomènes de mode qui visent à recrédibiliser le secteur professionnel du voyage ou enfin à des propositions concrètes de tourisme plus durable ?
Au-delà de proposer des pratiques touristiques plus responsables, cette deuxième journée vise à questionner l’évolution des modes - dans son double sens – du tourisme ainsi que l’accaparement du concept de transition sociale et environnementale à des fins mercantiles par les acteurs professionnels du secteur ainsi que par les pouvoirs publics.
Date du colloque : jeudi 10 et vendredi 11 décembre 2026.
Les propositions de communications sont attendues avant le 30 juin 2026 à l’adresse suivante : thibaud.szpyrka @ univ-pau.fr.
Les communicants indiqueront s’ils souhaitent inscrire leur intervention dans le 1ère ou la 2ème journée du colloque.
La publication d’un numéro spécial de revue colloques est envisagée.
L’inscription au colloque est gratuite ainsi que les deux repas du midi. Les frais de déplacements et d’hébergement sont en revanche à la charge des participants.