[S] Je me sens littéralement au Paradis. Rapports à la nature et à la nudité dans un camping naturiste ardéchois
Le 26 mars 2026 de 14h00 à 16h00
Abstract :
Ma communication se centrera sur l'étude du camping des Templiers, en Ardèche. J'y ai enquêté quatre étés durant (2022, 2023, 2024 & 2025), ethnographiant le quotidien et enregistrant des ambiances sonores en parallèle de la réalisation d'une trentaine d'entretiens. Si les personnes y viennent seulement pour leurs vacances, ce lieu représente bien une "utopie concrète" : l'utopie naturiste (Jaurand), un "paradis" où vivre nu et à l'écart du monde donne la possibilité de percevoir autrement son environnement. Ce mode de vie place le corps au cœur de l'expérience vécue. Celui-ci est sans cesse évoqué par les enquêtés, qui soulignent à la fois l'aspect désexualisant de la nudité collective et le fait que l'aise ainsi ressentie permettent une plus grande perception des "éléments" (soleil, vent, eau...). Cette proximité de la nature et des "éléments" ainsi que la "scission spatiale" qui revient dans une large partie des discussions engage finalement à un soin particulier de l'ambiance et de l'environnement, lesquels rendent possible une forme d’une aise du corps. C'est donc le vivant dont est fait l'humain (Breviglieri) qu'il s'agira d'abord de décrire (vivant qui sert de socle à la possibilité d'habiter) pour ne pas sombrer dans une sociologie qui tirerait vers une conception hypersocialisée de l'agir humain.
Le camp, ainsi caractérisé par l’aise qu’il procure, peut ainsi être décrit comme un milieu d’hospitalité particulier - une hospitalité qui se donne à voir par un ralentissement du quotidien et la mise en avant d'une communauté d'habitués. Cette hospitalité est permise par une série de transactions entre les personnes et leurs environnements, facilitées à la fois par la proximité avec la nature (et le fait de revenir année après année), et par la nudité des corps. Ces transactions modifient à la fois le soi, la communauté et l’environnement, lequel devient ce milieu de vie commun, qui préfigure l’apprentissage et la découverte par les activités organiques, comme l’écrit John Dewey dans Logique, théorie de l’enquête.
Pour comprendre comment le camp devient ce milieu de vie commun, je développerai l'idée que cet apprentissage et cette découverte sont largement un apprentissage par corps, ancrés dans un quotidien (revécu année après année) où la motricité est davantage mise en avant qu’une incorporation explicite de normes : on est dans un "faire expérience", toujours renouvelé, en lien avec l’espace naturel qui nous entoure.
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